Somatisation : premières explications scientifiques

Les maux du corps sont les maux de l’âme. Cette affirmation qui relevait plus de l’intuition que de la médecine est en passe de devenir une vérité scientifique. Parmi les chercheurs qui s’intéressent aujourd’hui à la psychosomatique, le professeur Bernard Herzog a pu vérifier en trente ans de pratique clinique le pouvoir curatif de cette approche et démontre aujourd’hui que la recherche du choc affectif initial, de la violence originaire, est une clé scientifique de la guérison.

On dit souvent que des pathologies comme l’asthme, l’ulcère ou l’eczéma seraient d’origine psychologique. Avec ce terme
« psychologique », on voudrait expliquer que certaines maladies peuvent avoir pour origine une angoisse, une culpabilité, un stress, une frustration, une colère, bref, une origine qui ne serait pas organique, virale ou bactérienne mais qui relèverait unique- ment de l’âme. Les maux du corps seraient la transcription des maux de l’esprit.
Cette approche de la maladie et de sa guérison, la psychosomatique, est très décriée. Certains prophètes de la psychosomatique, comme le Dr Hammer sont d’ailleurs passés
par la « case prison » pour avoir expérimenté cette technique comme thérapie unique en négligeant parfois les évidences cliniques de l’aggravation de l’état de leurs patients.
Un tiers des maladies ont une origine psychologique
Pourtant, certains médecins comme le professeur Bernard Herzog, tout en soulignant les limites de l’application de cette méthode (un tiers des maladies auraient pour origine un trouble de l’esprit), reconnaissent que dans le cadre de leurs pratiques cliniques, ils ont eu recours à la « psychologie des profondeurs » pour aider leurs patients à guérir de leur maladie. En retrouvant l’origine de traumatismes psycholo- giques, on permet à l’esprit de retrouver la paix et de cesser de tourmenter le corps.
Chacun sait que toutes nos émotions, sans exception, sont accompagnées de modifications physiologiques.

  1. La crainte se traduit par des palpitations, la colère, par une accélération cardiaque, par l’élévation de la tension artérielle et par la modification du métabolisme des hydrates de carbone.
  2. L’angoisse par une rétention d’eau, des mictions fréquentes, une réduction ou une amplification de l’activité motrice.

Toutefois, pendant longtemps la psychosomatique ne s’est intéressée qu’aux maladies fonctionnelles. Mais depuis quelques années, les chercheurs qui se sont penchés sur les ori- gines psychiques des pathologies physiques découvrent que l’ensemble des pathologies (dégénératives, infectieuses, allergiques, autoimmunes…) peut avoir une source psychique.
Cette approche est d’ailleurs en passe de devenir le fer de lance de la recherche médicale d’avenir sous le nom de « psycho-neu- ro-immunologie ».
Le professeur Bernard Herzog est l’un de ces chercheurs qui estiment que la somatisation est désormais un fait scientifique incontestable : les troubles de l’âme induisent des pathologies physiques. Pour lui trois types de blessures sont à l’origine de la somatisation :

  1. Les blessures environnementales : stress, agression, choc. L’environnement regroupe tout ce qui entre en interaction avec soi. Les voisins, la famille, les enfants, tout ce qui touche à sa demeure, mais aussi au relationnel dans le travail ou au relationnel amical.
  2. Les blessures de l’orgueil : elles relèvent des vexations, des humiliations, des violences psychologiques infligées durant l’enfance ou à l’âge adulte. Il existe une résonance qui n’est pas que phonétique entre l’orgueil, l’organe et l’orgue. La blessure de l’orgueil fait que l’organisme, semblable à un orgue, est désharmonisé. Il y a un « couac ».
  3. Les blessures héréditaires, familiales : les troubles psychologiques marqués chez un sujet vont également se marquer dans son ADN et donc son génome. Cette empreinte va se transmettre à sa descendance et favoriser ainsi des familles de cancéreux, d’angoissés, de cardiaques…

Le mécanisme de somatisation

Face à une situation de stress, un choc, un traumatisme, le sujet qui ne peut faire face, va adopter une conduite de fuite. La fuite correspond à l’attitude de l’ermite qui tente de devenir hermétique au monde. La position se rigidifie par rapport aux autres et à soi-même. C’est avant tout une tentative pour se protéger, pour pré- server sa propre identité malmenée. Dans ce cas, le sujet se crée des re- pères à ne pas dépasser et, en conséquence, des somatisations person- nelles en cas de franchissement des interdits qu’il s’est lui-même posé, c’est-à-dire des punitions.
Lorsque la situation est subie plus qu’affrontée et que la fuite est choisie, le sujet s’échappe avec une blessure, car les agressions laissent toujours une empreinte.
Avec l’échappée qui emporte avec elle sa blessure, le comportement va se caractériser par un isolement. On se replie sur sa blessure. Il s’ensuit un isolement intérieur même si la personne reste sociabilisée, qu’elle a des échanges et semble prendre part aux conversations, aux repas, aux rires. Les isolements, qui sont des sortes d’autisme léger, sont les premiers pas vers l’apparition de pathologies lourdes.

Le mécanisme biologique

Ces observations cliniques ont désormais leur explication scientifique. Comme un organiste joue sa partition, l’organisme module, gère et régule son fonctionnement. Dans le cas de troubles psychiques, il peut se produire des sons dissonants, des échos. Les couacs vont commencer à se faire entendre dans l’organisme et des réactions chimiques distordues vont se produire au niveau des synapses, des neuromédiateurs, avec des phénomènes d’inhibition ou au contraire de facilitation. Les défi- ciences des échanges chimiques se développent soit de façon fulgurante soit lentement. C’est soit la crise aiguë soit la maladie chronique.
Ces ruptures, ces agressions, se tra- duisent ensuite dans l’organisme par une rupture protéinique. Le déséqui- libre au niveau des chaînes protéiniques – qui sont le carburant élémen- taire de toutes les réactions biologiques et physiologiques – crée des déséquilibres au niveau bactérien, des destructions neuronales, des dysfonctionnements hormonaux et par suite des déséquilibres endocriniens. En se poursuivant, ce phénomène s’inscrit dans le génome, donc dans la descendance. C’est pourquoi l’on retrouve des lignées de familles de cancéreux, de colitiques, de grincheux… et « d’emmerdeurs ».
Des chocs de somatisation peuvent se révéler après une génération. Un enfant peut très bien avoir reçu un choc de l’orgueil et ne déclencher progressivement une pathologie qu’une vingtaine d’années après.

Quelques exemples

Maladies de la peau
La peau est l’interface entre le monde intérieur et extérieur. Les pathologies cutanées – eczéma, acné, pelade, psoriasis – sont la marque d’un défaut de « territoire affectif ». Le sujet n’est pas sûr de son monde affectif ni des personnes qui le peuplent. Il manifeste son inconfort affectif par des éruptions qui masquent les carences. Calcification
Les calcifications sont assez répandues chez les personnes à tendance « mystique ». La somatisation mystique induit une véritable « minéralisation » du sujet qui développe des cal- cifications cérébrales ou encore des calcifications artérielles suivies d’accidents vasculaires cérébraux.
Les personnes atteintes ont le sentiment d’être au-dessus des autres ou d’être en contact permanent avec un autre monde. Ces fuites dans le mysticisme, qui se caractérisent par des idées préconçues fortement ancrées ou des conceptions idéalisées et délirantes de la vie, vont conduire les sujets à un dessèchement généralisé et à une calcification osseuse et articulaire.
Les intellectuels sectaires, les militants extrémistes, les ecclésiastes dogmatiques et les donneurs de leçons, tous pris dans le radotage de pensées dures et obsessionnelles, voient apparaître des cancers du larynx pour les hommes et des cancers du sein chez les femmes.
Inflammation
Les personnes anxieuses qui, nuit après nuit, ruminent leurs tracas de la journée finissent par se lever de fort mauvaise humeur, par perdre le sens de l’humour et le sourire. Ce sont des « pisse-vinaigre ». Les propos deviennent acerbes et blessants. L’adénome de la prostate apparaît, les articulations grincent, s’enflamment… et l’acidité fera le lit d’un bon cancer de la prostate ou d’une arthrose dorso-lombaire.
Problèmes de peau
Pour expliquer certains problèmes de peau, le Pr Herzog s’appuie sur l’analogie avec la fleur en « pot ». Si la terre (la mère) manque : la plante est maigrichonne, le sujet aussi. L’anorexie mentale et la schizophrénie guettent.

Si l’eau manque (carence affective) : la plante est noueuse, ridée, rabougrie, la peau aussi.

Si le soleil (le père) manque : les déficits immunologiques se créent. Le sujet est sans cesse victime de virus et infections chroniques : herpès, staphylocoques…
Si l’air manque (environnement négatif) : le sujet respire mal, sa peau aussi. Elle est grasse et s’engorge. Les lésions du myocarde se préparent. La sclérose pulmonaire s’installe.
Problèmes de thyroïde
Les pathologies de la thyroïde sont la marque de l’irrespect. Le sujet a subi des violences psychologiques ou physiques qui caractérisent l’irrespect du corps et de l’esprit. Mais l’irrespect est aussi celui que l’on s’inflige à soi-même. En compensation des blessures affectives, ces sujets « se sucrent » et recherchent les douceurs, ce qui va entraîner un dérèglement digestif en cascade : boulimie, obésité, diabète de surcharge. Une thérapeutique, ou plutôt, une première étape
Pour le professeur Bernard Herzog, la psychosomatique permet surtout au patient de revenir au point originaire de son mal-être, pour faire passer à la conscience ce qui agissait jusqu’ici in- consciemment. Ce changement de perspective lui permet de rompre avec les disharmonies qui perturbent son organisme. Les troubles dus à la somatisation ne peuvent cesser que si un chemin inverse s’effectue.
Ce chemin de retour vers la santé touche l’ensemble de la circulation des énergies du corps, l’ensemble des fonctions et des organes. Le dysfonctionnement perdure tant que le sujet n’a pas soigné sa blessure. Toutefois, la psychosomatique seule ne peut guère se substituer à des conseils médicaux, naturopa- thiques ou autres, qui assurent une prise en charge réelle de la pathologie.
Pour le professeur Herzog: « Le chemin inverse est avant tout un changement de mode de vie pour ne plus traîner ses casseroles. Une attitude positive permet d’acquérir la notion de paix et de l’étendre dans sa vie. L’essentiel est d’accepter l’échange, de distribuer ce que l’on a acquis, d’être dans cette attitude qui fait apparaître un peu de lumière parce qu’on a compris ce qu’était la lumière. Il faut être bien dans la vie et l’aimer pour en profiter un peu plus qu’auparavant ».